Bon à savoir pour tous ceux qui veulent obtenir un visa pour la Russie. Il vous faudra d’abord une invitation qu’on peut se procurer auprès de différents organismes, mais les prix sont très variables… Nous avions choisi l’agence Russie Autrement. Ils sont très bon marché, très sympathiques et très rapides! Merci encore!

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Voilà. C’est fini. On n’a pas arrêté  le temps. Il nous a filé entre les doigts, comme à vous, qui êtes restés, comme à chacun. Simplement on a eu l’impression de remplir les journées comme on bourre un carton sur lequel il faut s’asseoir après pour qu’il ferme. On a eu un peu trop chaud parfois. Parfois un peu trop froid. On a douté. On en a eu marre. On en a eu plus que marre. Des difficultés rencontrées en chemin, des journées d’attente, des lieux de transit, des lieux sordides, des lieux indignes de l’homme où vit l’homme. Marre de nous mêmes parfois, de la promiscuité, de la poussière, de la saleté sur nous, sur les enfants, dans le camion. Des routes pourries. Marre d’être loin de ceux qu’on aime, avec qui on aurait voulu partager ça et combien de fois avons-nous dit : Tiens, ça plairait à Céline ça ! Et ça à Anaïs ! Tiens Géraldine aurait ri, tiens si Olivier était là…Et on se gardait tout ça pour nous tout seuls, toutes ces choses à partager. Mais maintenant que c’est fini, que la fatigue va retomber sur nous d’un coup mais avec les moyens de son délassement, maintenant que le camion est arrêté, comme à chaque fin, seul le haut, le meilleur, la cime des belles choses demeure et demeurera. Qu’est-ce qu’on a été heureux, tous les cinq en voyage ! Que de merveilleux moments, si denses qu’en nous on sentait se déposer, à la manière de ce qui fait sédiment, les strates d’un bonheur de longue durée. Que de gens merveilleux rencontrés sur la route, que de gestes d’accueil, de paroles amies, de sourires fraternels ! Que de visages inoubliables. Combien de lieux et d’ambiances qui resteront longtemps dans le souvenir, et après encore, quand les images seront diffuses et floues, combien ces lieux et ces ambiances continueront à irradier à l’intérieur et rendront le quotidien léger, un peu magique. Combien de gens que nous continuerons, dans le secret domestique, à remercier pour leur aide, leur regard, leur main tendue.
On a réalisé, durablement, la chance qu’on a eue. On se l’est dit souvent. La chance aussi de vous avoir à nos côtés, les abonnés, les non-abonnés, les lecteurs fidèles, les amis, les inconnus. On dit merci d’un coup, à tout le monde, d’un bloc bien compact et bien solide.
Pour finir (arriverons-nous à finir ?) on fait la toute dernière chose qu’il nous fallait faire, une chose qu’on a sur le coeur depuis longtemps.
On demande :
– pardon pour les vidanges sauvages du camion quand on avait pas le choix (mais bon c’était que de l’eau de vaisselle hein !)
– pardon pour les promesses non tenues, les adresses perdues de ceux qui attendaient leur photo (un fermier kirghize, un cafetier turc, un barbier ouzbèque)
-pardon à la municipalité d’Helsinki pour n’avoir jamais payé le tramway mais là vraiment c’était trop cher
-pardon au moine orthodoxe en charge du monastère de Potchaï en Ukraine pour avoir prétendu que Monsieur M. était de sa confession afin qu’on lave notre linge
-pardon à la municipalité de Sinop (Turquie) pour être partis à six heures du matin sans payer le parking mais là non plus c’était pas donné
-pardon à la gardienne du parc de Teverte (Lettonie) pour avoir feint d’ignorer qu’il y avait un droit d’entrée
-pardon à l’agent de la police municipale de Tansen (Népal) pour avoir simulé l’idiotie totale aux fins d’échapper à l’amende prévue pour qui prend comme nous l’avions fait un rond-point à contre-sens.
-pardon aux hotels d’Aktau (Kazahkstan) et d’Udaipur (Inde) pour avoir négocié le prix du breakfast-buffet en prétendant que Z. et F. ne mangeaient pas beaucoup alors qu’ils mangent comme quatre.
-pardon aux douaniers de Beyneu (Kazakhstan), d’Aktau (Kazakhstan) et Bakou pour le transport clandestin de notre tortue cachée sous le siège avant
-pardon à la douane chinoise de Tachkurgent pour avoir dissimulé une brique de lait dont l’import sur le territoire de la République populaire est prohibé
-pardon aux quatre policiers kirghizes que Monsieur M. a feint ne pas voir pour éviter de payer les dollars qu’ils n’auraient pas manqué de lui demander
-pardon au tennis club de Tallin (Estonie) et au Dorsat hotel d’Aktau (Kazakhstan) pour la douche clandestine
– pardon à Aïché, la gérante du camping de Somela pour avoir dit que les enfants étaient malades afin d’échapper au dîner sur place
-pardon à la municipalité de Pilos (Grèce) pour s’être astiqués sous la douche du port au savon et au shampooing sous le panneau “No soap. No shampoo”.
– pardon à Sacha (Russie), aux fermiers kirghizes, pardon aux ouzbèques rencontrés sur la route de Boukhara pour avoir prétendu souffrir d’allergie à l’alcool pour éviter la redoutable soirée vodka
– pardon aux auto-stoppeurs qu’on n’a pas pris sous la pluie, sous un soleil de plomb, dans le vacarme de l’autoroute, pour ne pas réveiller les enfants qui dormaient à l’arrière.
– pardon au capitaine du Kara Karaev pour n’avoir pas réglé nos deux bières mais bon capitaine vous nous aviez arnaqué sur les repas non ?
– enfin pardon à notre Ulysse pour l’avoir si souvent instrumentalisé (“fais coucou Ulysse, fais coucou avec la main !”) afin qu’on nous dise oui pour dormir là, oui pour prendre de l’eau ici, oui pour prendre la douche, oui pour faire la lessive.

Voilà. La conscience un peu allégée, le coeur entre deux saisons, nous partons vers une autre aventure.
Mais…vous viendrez, hein ?


 
 
 

…Potsdam Babelsberg. Nous n’irons pas plus loin. La directrice de l’école avec laquelle nous avions rendez-vous et à qui nous avons demandé : alors, nos deux forestiers, vous les voulez bien ? a répondu : Oui. Voilà. C’est le point d’ancrage peut-être qu’il nous fallait. Le moyen enfin de répondre à la question: arrivera-t-on à arriver ? Le moyen peut-être aussi de ne pas rentrer tout à fait, de continuer le voyage d’une autre façon. D’autres questions se posent, et se poseront. Parmi les plus récurrentes (Pourra-t-on se loger facilement ? Trouvera-t-on du travail ? Sera-t-on heureux ici ? Aurons-nous un jour à nouveau les pieds propres ? ), on essaie de se persuader que la plus épineuse est la dernière. Nous verrons bien. Le voyage nous a donné la force, et l’envie d’essayer. Après quelques jours d’agitation, à courir les agents immobiliers, à dormir au coin des rues, on fait une petite pause au camping. Truites fumées et Berliner Kindl. Ca ressemble à des vacances. On fait comme nos voisins : on profite une dernière fois, avant la rentrée. Avant notre nouvelle vie.

 
 
 

où l’on voit la famille M. vivre les derniers jours du grand voyage. arpenter encore quelques jolies bourgades, admirer deux ou trois églises baroques, des maisons anciennes, passer une après-midi pluvieuse dans un immense café pour enfants, manger des saucisses et boire de la bière sur une course cycliste, reprendre goût à l’Europe. rouler encore un peu dans des paysages de paisible campagne, observer des pêcheurs en bord de rivières, remplir tous les récipients du camion de fleurs de champs, dormir encore une fois sous de grands arbres, marcher pieds nus dans l’herbe froide et trempée. fêter le 430ième et dernier jour, bien au chaud dans le camion, la pluie battante au dehors et la joie des enfants à l’idée d’arriver demain. et puis au petit matin, reprendre la route. une dernière fois partir. avec tout de même un petit noeud dans la gorge.

 
 
 

 

à Szentendre, j’ai senti combien c’était important de rentrer lentement, alors même qu’on aurait pu filer, ayant de toutes façons le sentiment que le voyage était fini. j’ai senti que ces quelques journées qu’il nous restait, il fallait en prendre soin, les choyer, car c’était des journées particulières du voyage. Szentendre était parfaite pour cela: une des ces charmantes petites villes typiques de l’Europe centrale où l’on prend un plaisir fou à marcher dans les rues pavées, à longer les jardins clos, à lever les yeux au ciel, le regard attiré toujours par quelque clocher baroque ou le détail insolite d’une façade, à rêver devant des porches fermés de lourds portails en bois. oui, nous sommes allés tout doucement dans les rues de Szentendre, comme si nous retenions notre souffle, désireux de garder en nous un peu de l’essence du voyage – pour moi peut-être: nous, marchant tous les cinq, essayant sans cesse d’accorder tant bien que mal nos rythmes et nos désirs dissemblables. j’ai alors eu le sentiment très fort de vivre un des moments précieux de la vie. de ces moments ciselés par la conscience aigüe de la vie qui passe et ce faisant s’accomplit.
et puis comme à notre habitude, après la promenade, nous nous sommes attablés à une terrasse de café et avons sorti feuilles, feutres et pastels. ça aussi, c’est une image qui restera – les enfants qui dessinent, mon Zéphir tellement concentré qu’on doit le forcer à partir, mon Félix papillonant, laissant souvent son dessin inachevé pour se lancer dans des expériences mélangeant sel, poivre, cure-dent, fond de café, sachet de thé, etc. mon Ulysse enfin, vaquant serein à ses occupations, les doigts barbouillés de couleurs, allant, venant, prêt à nous quitter au premier chat qui passe. et nous, tentant de nous parler un peu mais si souvent interrompus – appelés à la rescousse pour un dessin en mauvaise posture, obligés de nous lever pour ramener Ulysse sur le droit chemin, rattrapant in extremis un verre sur le point de tomber, tentant si souvent de caler une table irrémédiablement bancale, intervenant assez régulièrement pour apaiser un conflit, sans cesse pressés de répondre illico aux mille et  unes questions de la troupe… aujourd’hui à Szentendre, la séance café s’est bien passée. je ne sais déjà plus si Monsieur M. et moi avons vraiment réussi à nous parler, mais je me souviens avoir eu quelques minutes de calme pour savourer mon premier Milchkaffee de l’année et l’avoir particulièrement apprécié.

 
 
 

 

on a remonté la Serbie d’un trait. et puis on a poussé encore jusqu’à Budapest, on comptait juste traverser la ville et continuer au Nord vers les montagnes, mais il était déjà tard et on avait toute une journée de route dans les pattes. alors quand le camping-car autrichien qui roulait juste devant nous a pris une petite allée à droite bordée de grands arbres, on l’a suivi et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé au camping à Budapest. par hasard – enfin presque, parce que le hasard, on n’y croit plus vraiment.
bon, alors on n’aura pas vu grand chose de la ville, forcément. mais aura ressenti ce merveilleux sentiment d’être là, de découvrir encore un lieu si chargé de magie et d’histoire, alors qu’on croyait être au bout des découvertes et n’avoir plus que la route du retour devant nous. un dernier petit plaisir à la volée. on aura vu le beau Danube qui coule ici gris-vert, le château de Buda qui domine Pest de son assise tranquille et majestueuse, on aura marché un tout petit peu dans la ville trop vaste pour nous, éblouis par la beauté des grands immeubles jugendstil, on aura senti un peu de l’atmosphère si particulière de la ville. juste assez pour se dire que ce serait bien de revenir un jour, en ayant le temps.

 
 
 

Le Danube coule un cours mol et alangui et, sous la chaleur écrasante de l’après-midi les maries-salopes qui le descendent semblent prises dans de la gelée. Le pont qui doit relier les deux rives (bulgare et roumaine) lui aussi s’étire dans un effort lent, inabouti, et on voit de ce côté-ci la trentaine de mètres qui manque à la construction, obligeant encore le voyageur qui veut aller à Calafat à prendre le bateau. On feint, nous aussi, de faire une promenade, dans la torpeur qui a, depuis longtemps, anesthesié la ville. Beaucoup de vieilles gens, dont une vie dure a contrefait les corps, abîmé les visages, éteint le regard. Au milieu d’eux, les berges essaient de persuader les visiteurs qu’ici aussi c’est les vacances, et après quelques centaines de mètres sur la promenade on voit les premiers baigneurs, les petits bars de plage, et les rares enfants. Les parcs, les allées, les abords des fontaines, les places, les terrains de jeux sont si peu peuplés qu’on pense à un moment avoir raté le centre. Mais non. On passe devant la forteresse. On passe devant la vieille synagogue. Immense, elle témoigne de l’importance de la communauté juive d’alors. On passe devant la plage. Là des jeunes au son d’une musique sans raffinement animent un peu le lieu. Sans raffinement. On continue, sans élan, les enfants accablés de chaleur, une promenade si morne que ce samedi aurait mérité d’être un dimanche. Demain nous partirons vers le nord et de la Bulgarie , nous garderons aussi cette impression d’un pays au ralenti, où les villes même n’échappent pas à la torpeur qui a figé les campagnes.

 
 
 

ce matin on s’est réveillés dans l’enceinte du monastère de Lopoushanski, on a ouvert un nouveau pot de miel bulgare pour le petit déjeuner, Zéphir a fini celui de confiture de fraises des bois, on a marché dans l’herbe trempée par l’orage de la nuit et ramassé des poires tombées et encore vertes avec Ulysse et puis on est repartis. en route on a joué à qui voyait le plus de cigognes tant il y en avait dans les champs fraîchement fauchés et puis au jeu des chansons (ça c’est quand Monsieur M. est d’humeur joyeuse, il suffit de dire un mot et il trouve une chanson avec ce mot, tout le monde aime bien, même si Monsieur M. chante un peu faux). arrivés à Belogradtchik on voulait acheter de quoi faire un pique-nique mais malheureusement, on est tombé en chemin sur une petite mehana à laquelle on n’a pas pu résister et ma foi on s’est bien régalé une fois de plus. après on est allé à l’office du tourisme, histoire de se renseigner un peu (on fait jamais ça, mais là, on sait plus trop, on fait un peu les touristes), l’hôtesse n’avait aucun plan ni rien, et elle n’a pas su non plus nous expliquer où se trouvait le seul musée du village. du coup on lui a demandé ce qu’elle avait à proposer mais là non plus elle ne savait pas trop, alors on est repartis. on a visité la citadelle, un fort construit à même des rochers spectaculaires, on a joué à Richard-coeur de lion et à la prise du royaume d’Angleterre, on a frissoné un peu en réalisant que Félix s’était arrêté un peu par hasard devant un précipice vertigineux, et puis on est repartis car le soleil tapait un peu trop fort. on a roulé encore un peu, on voulait visiter encore  la grotte de Magura, mais c’était déjà fermé. alors on s’est posé juste à côté, au bord du lac de Rabicha, magnifique: de larges berges d’herbe haute, des vaches, des chèvres, quelques chevaux, un silence extraordinaire. on a posé nos couettes dans l’herbe, on s’est allongés, on a regardé le ciel, joué un peu. on était bien. on a sorti notre table de camping et on a mangé en regardant le lac et les animaux au loin, une carriole à cheval est passée tout près. maintenant le soir tombe, par la porte du camion grande ouverte je vois de l’herbe et le ciel immense.
j’essaie, comme je l’ai fait un peu tout au long de la journée, de réaliser que dans une semaine nous serons arrivés mais c’est absolument impossible.

 
  

Koprivshtchitsa. Troyan. Tryavna. Arbanasi. Veliko Tarnovo. malgré la canicule notre petite troupe continue courageusement à arpenter villes, monastères et maisons-musées. et puis un peu las de tant de chaleur et de tant de lieux visités, nous avons décidé de faire, avant le vrai grand retour, une petite pause sur un charmant camping campagnard . peut-être aussi prendre quelques journées de vacances avant de rentrer et commencer à réaliser que le voyage est fini. bon et puis il faut dire aussi que ce n’est pas ici un camping ordinaire mais plutôt un petit microcosme décalé tout à fait dans nos goûts. oh, il n’y a pas grand monde. plutôt des chiens en fait: Holly, le cocker d’une missionnaire évangélique danoise, charmant (le cocker) et puis Chef, le jeune fox-terrier d’un couple de hollandais bronzés-tatoués en vadrouille (errance ?) depuis trois années déjà. une bande de six chiens aussi toujours tenus en laisse par leurs britanniques propriétaires qui n’ont pas encore daigné converser avec nous. deux petits serbes (des enfants) enfin, aussi sauvages que les nôtres, une fois n’est pas coutume, et dont les parents déplorent tant qu’il n’y ait pas d’école Steiner en Serbie. et nous. sinon, une rivière lente et vaseuse, des arbres en pagaille, de l’herbe grasse et des grenouilles qui nous réveillent chaque nuit tant elles coassent fort. voilà
si nous en avons le courage, demain, nous reprendrons la route. sinon, après-demain peut-être. de toutes façons, maintenant il faut rentrer.

 
 
 

si l’on n’y regarde pas de trop près (villages délabrés, population vieillissante, style mafieux sur les bords de l’homme de la rue…) la Bulgarie est comme un petit paradis du voyageur. pléthore de bourgades soigneusement restaurées qui ont des airs de gros villages et regorgent de mehanas, ces auberges locales où l’on vous sert sur des tables rustiques des plats particulièrement copieux dans des assiettes épaisses et colorées et auxquelles malgré la grande chaleur il est bien difficile de résister. un soin particulier de l’identité nationale, avatar d’un petit pays malmené par l’histoire, qui se traduit par une forte présence de l’artisanat national et de jolis stands de brocante débordant de vieilles choses et de tissus anciens presque à chaque coin de rue.  la gentillesse et la générosité de l’accueil aussi. une nature préservée et vide de monde où l’on croise plus de carioles à cheval que de voitures si bien qu’on a partout un agréable sentiment d’espace.
bref, nous sommes assez enchantés par ce petit pays et c’est tant mieux puisque c’est le dernier que nous visiterons. et même si cette idée de la fin me remplit d’appréhension et d’une certain tristesse, j’aime bien cette idée que notre voyage se termine ainsi, dans un pays à la croisée des chemins et des univers, entre Byzance à la magnificence sans limite, l’Orient allangui des ottomans et l’Europe centrale si cossue et imprégnée de culture – comme une fin ouverte sur des voyages futurs…
et oui, pas encore tout à fait rentrés, on pense déjà à repartir…

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