enfin, après trois rendez-vous manqués, nous avons obtenu en un clin d’oeil nos visas ouzbeks et avons repris la route – direction Tashkent que nous devrions atteindre dans quelques jours. une vache folle a bien failli une fois de plus avoir raison de notre voyage, mais Dieu merci, elle ne laissera que la trace de sa corne avant-gauche sur notre pare-choc – un instant, j’ai bien cru que ça allait être pire…
nous voici donc, après une dernière petite frayeur matinale, sur la route. un peu tremblants presque, encore fébriles de toutes nos mésaventures. le paysage est sublime, montagnes rondes et vertes, haut-plateaux, quelques flocons de neige, on passe ici et là au-dessus des nuages, on dépasse et on croise de nombreux troupeaux en transhumance, partout sur le côté, il y a des yourtes, des chevaux en liberté. l’herbe est vert e et grasse, l’air frais et pur et pour nous le plaisir revient peu à peu.
on s’arrête quelque part en route sur les bords du lac de Toktogul. ça fait longtemps qu’on n’a plus bivouaqué en pleine nature – l’Inde trop peuplée, le Pakistan trop “dangeureux”, la Chine trop surveillée… ça fait un bien fou d’être là. les enfants sont heureux. on cueille notre premier bouquet de fleurs sauvages de l’année, et puis pour nous réchauffer à la fin du jour et jouer un peu les robinsons, nous mangerons autour d’un feu de camp. comme c’est bien d’être là! c’est aussi pour cela que nous sommes partis: pour avoir parfois ce sentiment immense d’être seuls au monde.
lorsqu’ on arrive des steppes orientales tellement lointaines, tellement solitaires,on est tout étonné d’arriver à Bishkek et on a bien du mal à imaginer qu’on est là au fin fond de l’Asie centrale, tant la ville semble européenne – ses longues rues coupées au cordeau et bordées d’arbres innombrables, sa population à forte proportion russe, des cafés, des boutiques, des voitures dernier cri comme on n’en a plus vu depuis longtemps. et ainsi, plongés dans nos problèmes, on oublierait presque qu’on est si loin de chez nous.
il faut s’éloigner un peu du centre. mais au mieux on trouvera une ambiance russe, de kirghize il ne semble pas rester grand chose. j’ai bien le sentiment qu’un long siècle de domination tsariste puis soviétique ont eu raison de la culture kirghize et de la légèreté de son nomadisme. on trouvera bien au musée d’histoire nationale, au milieu des multiples statues de Lénine et de son peuple en mouvement, une yourte et ses tapis de feutre… et dans les rares boutiques pour touristes, un artisanat d’inspiration kirghize. mais sinon, on est bien loin de ce que j’avais pu mettre d’exotisme et de mystère derrière le nom de ce pays.
qu’à cela ne tienne. nous retrouvons avec délice l’ambiance russe. le marché qu’on nomme ici bazar et où de grasses marchandes soviétiquement vêtues aux yeux bridées vendent en maugréant les produits frais de leur jardin. le petit restaurant, là, au fond du bazar, avec ses tables tirées de toile cirée fleurie et un peu collante par endroit, où se mêle à la viande en sauce des pâtes à la chinoise. on se régale de fraises mûrement cueillies au goût incomparable, de gros cornichons en saumure, de saucisses fumées.
et petit à petit, tout doucement au début, on reprend goût au voyage.
il faut s’éloigner un peu du centre. mais au mieux on trouvera une ambiance russe, de kirghize il ne semble pas rester grand chose. j’ai bien le sentiment qu’un long siècle de domination tsariste puis soviétique ont eu raison de la culture kirghize et de la légèreté de son nomadisme. on trouvera bien au musée d’histoire nationale, au milieu des multiples statues de Lénine et de son peuple en mouvement, une yourte et ses tapis de feutre… et dans les rares boutiques pour touristes, un artisanat d’inspiration kirghize. mais sinon, on est bien loin de ce que j’avais pu mettre d’exotisme et de mystère derrière le nom de ce pays.
qu’à cela ne tienne. nous retrouvons avec délice l’ambiance russe. le marché qu’on nomme ici bazar et où de grasses marchandes soviétiquement vêtues aux yeux bridées vendent en maugréant les produits frais de leur jardin. le petit restaurant, là, au fond du bazar, avec ses tables tirées de toile cirée fleurie et un peu collante par endroit, où se mêle à la viande en sauce des pâtes à la chinoise. on se régale de fraises mûrement cueillies au goût incomparable, de gros cornichons en saumure, de saucisses fumées.
et petit à petit, tout doucement au début, on reprend goût au voyage.
à monter et descendre les hautes montagnes de la région, on passe rapidement ces jours-ci de l’hiver au printemps. en bas, dans les jardins de ces isbas que je chéris tant, je découvre avec bonheur, le lila qui fleurit timidement – violet, blanc, pourpre aussi parfois -, les pivoines. dans les maisons, des ambiances toutes nordiques, les tapis, les fleurs fraîchement cueillies, beaucoup de blanc et comme pour l’épaissir encore les touches de couleurs si particulières dont on a peint les éléments en bois. tout cet univers me donne soudain l’envie immense et bonne de rentrer, d’être chez moi. de vivre le printemps à la maison. alors je profite tant que je peux, je m’imprègne de chaque parcelle qui me touche, j’enfouis le nez d’Ulysse dans les bouquets de lila à l’odeur si tendre et si intime pour moi, et je me délecte de ce voyage et de l’éloignement qui me fait sentir si profondément d’où je viens. je pense avec bonheur à tous les printemps encore à venir.
lorsque le 6 mai dernier (après avoir été bloqués 4 jours un peu en deçà de la frontière par une avalanche) nous quittions le Pakistan pour entrer en Chine par le col de Kunjerab, nous avons eu l’impression, Marc et moi, d’avoir fait le plus dur. l’impression qu’il nous restait 2 ou 3 mois de route, de découverte et de plaisir. nous nous trompions.
à peine redescendus à des altitudes plus clémentes, notre camion se vida tranquillement mais sûrement de toute notre réserve d’eau, via le chauffage. la veille, notre bouteille de gaz avait émis son dernier soupir. et le lendemain matin de notre arrivée en Chine, en même temps que nous découvrions, émerveillés, un monde si nouveau pour nous, nous constations une avarie grave sur le véhicule – ainsi qu’accesoirement l’impossibilité d’accéder à notre site internet au pays du soleil levant.
petit à petit les choses sont rentrées dans l’ordre. le camion a été réparé “provisoirement”, on a remis en marche le circuit d’eau en supprimant le chauffage (mais bon, nous allons vers l’été, donc il ne devrait pas trop nous manquer), on a investi dans un petit réchaud à gaz, n’ayant pas l’énergie nécessaire pour nous lancer dans la recherche d’une bonne âme qui pourrait rechager notre bonne grosse bouteille.
et puis on est arrivés au Kirghistan, découvrant émerveillés une fois de plus des paysages immenses et spectaculaires. découvrant aussi que notre disque dur avait rendu l’âme, emportant avec lui plusieurs mois de photos que nous n’avions pas eu l’occasion de sauvegarder sur le net ainsi qu’une quinzaine d’articles pour le blog que nous n’avions pas encore pu publier. impossible d’acheter un nouvel ordinateur (clavier qwerty), nous avons opté pour un nouveau disque dur agrémenté de logiciels …en russe, mais bon, c’est mieux que rien!
ah oui, j’oubliais une chose encore. nous attendons depuis trois jours les visas ouzbeks que nous avions demandés à Islamabad et que le consul avait promis de nous faire envoyer à Bishkek. chaque jour on nous demande de revenir le lendemain, pour le moment nous n’avons pas encore passé l’étape de l’interphone, autant dire que nous ne sommes pas encore à Samarcande!
voilà, à part ça, la famille va bien. tout le monde en bonne santé, les enfants en pleine forme et débordant d’énergie – les parents un peu plus las. oui, ces jours-ci j’ai l’impression d’être vieille comme le monde. sans doute, cela passera…
à peine redescendus à des altitudes plus clémentes, notre camion se vida tranquillement mais sûrement de toute notre réserve d’eau, via le chauffage. la veille, notre bouteille de gaz avait émis son dernier soupir. et le lendemain matin de notre arrivée en Chine, en même temps que nous découvrions, émerveillés, un monde si nouveau pour nous, nous constations une avarie grave sur le véhicule – ainsi qu’accesoirement l’impossibilité d’accéder à notre site internet au pays du soleil levant.
petit à petit les choses sont rentrées dans l’ordre. le camion a été réparé “provisoirement”, on a remis en marche le circuit d’eau en supprimant le chauffage (mais bon, nous allons vers l’été, donc il ne devrait pas trop nous manquer), on a investi dans un petit réchaud à gaz, n’ayant pas l’énergie nécessaire pour nous lancer dans la recherche d’une bonne âme qui pourrait rechager notre bonne grosse bouteille.
et puis on est arrivés au Kirghistan, découvrant émerveillés une fois de plus des paysages immenses et spectaculaires. découvrant aussi que notre disque dur avait rendu l’âme, emportant avec lui plusieurs mois de photos que nous n’avions pas eu l’occasion de sauvegarder sur le net ainsi qu’une quinzaine d’articles pour le blog que nous n’avions pas encore pu publier. impossible d’acheter un nouvel ordinateur (clavier qwerty), nous avons opté pour un nouveau disque dur agrémenté de logiciels …en russe, mais bon, c’est mieux que rien!
ah oui, j’oubliais une chose encore. nous attendons depuis trois jours les visas ouzbeks que nous avions demandés à Islamabad et que le consul avait promis de nous faire envoyer à Bishkek. chaque jour on nous demande de revenir le lendemain, pour le moment nous n’avons pas encore passé l’étape de l’interphone, autant dire que nous ne sommes pas encore à Samarcande!
voilà, à part ça, la famille va bien. tout le monde en bonne santé, les enfants en pleine forme et débordant d’énergie – les parents un peu plus las. oui, ces jours-ci j’ai l’impression d’être vieille comme le monde. sans doute, cela passera…

















